Des chevilles qui gonflent en fin de journée, des jambes qui tirent dès qu’on reste debout, des mollets lourds le soir venu : pendant la grossesse, ces gênes sont fréquentes et souvent plus marquées au fil des mois. Les bas de contention sont des dispositifs médicaux pensés pour ces situations. Encore faut-il la bonne pression, la bonne taille et le bon modèle. Reste à comprendre ce qui se passe dans les veines, qui choisit la classe, comment porter ses bas trimestre après trimestre, et quels signes doivent faire appeler un médecin.
Pourquoi les jambes s’alourdissent pendant la grossesse
Trois mécanismes s’additionnent. Les hormones de la grossesse rendent la paroi des veines moins tonique : elles se dilatent plus facilement et le sang remonte moins bien vers le cœur. Le volume total de sang augmente, ce qui fait monter la pression dans les veines des jambes. Enfin, l’utérus, en grossissant, appuie sur la veine cave inférieure, la grosse veine qui ramène vers le cœur le sang des jambes et du bassin. Cette compression est plus forte quand on est allongée sur le dos.
Résultat : le sang stagne un peu dans le bas du corps. On le ressent sous forme de lourdeur, de tiraillements, de chevilles et de pieds gonflés le soir. Ce gonflement n’est pas grave en lui-même, mais il montre que les veines peinent à faire leur travail. La chaleur, les longues heures debout et les jambes croisées en position assise l’accentuent.
Des varices peuvent aussi apparaître, ou s’aggraver si elles existaient avant, parfois jusque sur la vulve dans les dernières semaines. Chez les femmes qui n’en avaient pas avant d’être enceintes, elles disparaissent le plus souvent après l’accouchement.
Ce que fait un bas de contention
Un bas de contention exerce sur la jambe une pression plus forte à la cheville, qui diminue progressivement en remontant. Il soutient les veines de l’extérieur et aide le sang à remonter. Porté pendant la journée, il limite le gonflement et la sensation de jambes lourdes.
Il n’agit que pendant qu’on le porte : dès qu’on le retire, son effet s’arrête. Ce n’est pas non plus un traitement qui fait disparaître une varice déjà installée. C’est pour cela qu’on le met chaque jour, du matin au soir, plutôt que de temps en temps.
Un point souvent mal connu : la partie culotte d’un collant, même d’un collant de maternité, n’exerce aucune compression. Elle sert seulement à le maintenir sans serrer le ventre. Toute l’action se fait sur les jambes.
Les classes de compression
En France, les bas sont classés selon la pression mesurée au niveau de la cheville, en millimètres de mercure (mmHg). La Haute Autorité de santé (HAS) retient quatre classes :
- classe 1 : de 10 à 15 mmHg ;
- classe 2 : de 15 à 20 mmHg ;
- classe 3 : de 20 à 36 mmHg ;
- classe 4 : plus de 36 mmHg.
D’autres pays utilisent d’autres classifications. Si vous vivez au Luxembourg ou en Belgique, ou si vous comparez des marques étrangères, regardez la pression en mmHg écrite sur l’emballage plutôt que le seul numéro de classe. C’est d’ailleurs cette pression que l’ordonnance doit indiquer.
Il n’existe pas de classe réservée à la grossesse. La bonne pression dépend de vos symptômes, de la présence de varices, de vos antécédents et de ce que vous supportez au quotidien. C’est le médecin ou la sage-femme qui la fixe, après avoir vérifié que rien ne s’y oppose, par exemple une artériopathie, c’est-à-dire une mauvaise circulation dans les artères des jambes.
Ordonnance et prise en charge
Pendant la grossesse, mieux vaut faire prescrire ses bas, par un médecin ou par une sage-femme. Sur l’ordonnance figure la pression, parfois aussi la classe. En pharmacie, on prend ensuite vos mesures pour trouver la taille qui correspond à vos jambes.
En France, des bas prescrits peuvent être pris en charge en partie par l’Assurance Maladie, dans les conditions prévues pour ces dispositifs. Les règles ne sont pas les mêmes au Luxembourg ni en Belgique : avant d’acheter, demandez à votre caisse de maladie ou à votre mutualité ce qui est remboursé, et sur quel document.
Chaussettes, bas ou collant ?
- Les chaussettes montent jusqu’en haut du mollet, sans couvrir le genou. Ce sont les plus simples à enfiler quand le ventre empêche de se pencher, et les plus fraîches en été.
- Les bas montent jusqu’à la cuisse et tiennent grâce à une bande auto-fixante. Ils couvrent une zone plus large, mais ils ont tendance à glisser chez certaines femmes.
- Le collant de maternité habille les deux jambes jusqu’à la taille, avec une partie ventre extensible. Il ne glisse pas, mais il est plus long à mettre et peut tenir chaud.
Le bon choix dépend de l’endroit où se trouvent la gêne et les éventuelles varices. Décidez-en avec la personne qui vous suit, puis essayez en pharmacie le modèle avec lequel vous serez à l’aise toute la journée.
Au fil des trimestres
Les premiers mois. Les hormones agissent dès le début, et certaines femmes sentent leurs jambes s’alourdir très tôt, bien avant que le ventre ne s’arrondisse. Si vous aviez déjà des varices avant la grossesse, ou si votre travail vous oblige à rester debout, parlez de contention dès les premières consultations : dans ces deux situations, elle est recommandée d’emblée.
Le deuxième trimestre. Le ventre grandit, le poids augmente et le gonflement du soir devient plus fréquent. Si vos bas commencent à serrer, à rouler ou à glisser, faites reprendre vos mesures : la taille peut changer d’un mois à l’autre.
Les dernières semaines. L’utérus pèse davantage sur les veines du bassin, et se pencher devient compliqué. Un enfile-bas, des chaussettes plutôt que des bas, ou un coup de main le matin simplifient beaucoup les choses. Le collant reste une option si les bas glissent.
Après la naissance. Demandez à la sage-femme ou au médecin s’il faut continuer à les porter, et pendant combien de temps.
Les mesurer et les enfiler
- En pharmacie, on mesure votre pointure, le tour de cheville et de mollet, et la hauteur de la jambe. Faites-le de préférence le matin, avant que les jambes ne gonflent.
- Enfilez-les le matin, au réveil ou au plus tard une heure après le lever, sur une peau bien sèche.
- Déroulez-les de façon régulière, sans plis, pour que la pression soit la même sur toute la jambe.
- Des gants fins évitent de filer le tissu avec les ongles et aident à le faire glisser.
- Retirez-les le soir, juste avant de vous coucher. Si vous utilisez une crème pour les jambes, appliquez-la le soir, une fois les bas enlevés.
Les entretenir
Lavez-les souvent, en suivant la notice. La plupart des fabricants conseillent un lavage doux, sans adoucissant, et un séchage à l’air libre, loin d’un radiateur ou du soleil. Deux paires permettent d’en porter une pendant que l’autre sèche. Avec le temps et les lavages, un bas perd de sa tenue, même s’il paraît intact : la notice indique quand le remplacer, et une paire qui glisse ou ne serre plus doit être renouvelée.
Les gestes qui soulagent aussi
- Marchez plusieurs fois par jour, même dix minutes. La nage et quelques mouvements de chevilles, assise ou allongée, font travailler les mollets.
- Évitez de rester longtemps debout sans bouger, et ne croisez pas les jambes quand vous êtes assise.
- Au repos, surélevez les jambes. La nuit, vous pouvez surélever le pied du lit de quelques centimètres, sauf si vous avez des remontées acides.
- Finissez la douche en passant les jambes sous l’eau fraîche.
- Évitez la chaleur sur les jambes : bains très chauds, épilation à la cire chaude, longues expositions au soleil.
- Choisissez des vêtements qui ne serrent pas et des chaussures à petit talon, de deux à trois centimètres.
- Un massage doux, des chevilles vers les cuisses, avec un gel adapté à la grossesse, apporte une sensation de fraîcheur.
Les signes qui doivent faire appeler un médecin
Pendant la grossesse, le risque de phlébite, c’est-à-dire de caillot dans une veine, est plus élevé qu’en temps normal, surtout s’il y a déjà eu des phlébites dans la famille. C’est au médecin d’évaluer ce risque et de décider s’il faut une contention particulière ou un autre traitement.
- Une douleur ou une sensation de chaleur dans un mollet, un seul mollet gonflé et dur, une peau plus chaude ou bleutée : consultez très rapidement.
- Un essoufflement, une douleur brutale dans la poitrine, un cœur qui s’emballe, un malaise ou des crachats avec du sang : appelez le 112, valable dans toute l’Union européenne (ou le 15 en France).
- Une varice qui saigne : allongez-vous sur le dos, levez la jambe et appelez votre médecin.
- Après 20 semaines d’aménorrhée, un gonflement brutal du visage avec une prise de poids rapide, des maux de tête, des troubles de la vue ou une douleur en barre dans le ventre ne relèvent pas des jambes lourdes : consultez en urgence.
- Des bas qui font mal, des orteils qui fourmillent ou changent de couleur : retirez-les et faites vérifier la taille.
FAQ
Faut-il une ordonnance pour acheter des bas de contention ?
Certains bas se vendent sans ordonnance, mais pendant la grossesse mieux vaut en parler d’abord avec votre médecin ou votre sage-femme. Il ou elle choisit la pression adaptée à vos symptômes et vérifie que rien ne s’y oppose, comme un problème de circulation dans les artères. En France, l’ordonnance ouvre aussi droit à une prise en charge partielle par l’Assurance Maladie. Au Luxembourg et en Belgique, les conditions sont différentes : renseignez-vous auprès de votre caisse.
À partir de quand faut-il les porter ?
Dès que la gêne apparaît, et même avant si vous aviez des varices avant d’être enceinte ou si vous travaillez debout. Il n’y a pas de date fixe : certaines femmes en ont besoin dès les premiers mois, d’autres seulement à la fin, d’autres jamais. Parlez-en lors d’une consultation de suivi, et demandez une prescription dès que vos jambes vous gênent au quotidien, sans attendre que les chevilles gonflent tous les soirs.
Peut-on dormir avec ses bas ?
En général, non. La contention se porte la journée, quand on est debout ou assise et que le sang a plus de mal à remonter. On retire ses bas le soir, juste avant le coucher, et on les remet le lendemain matin au réveil. Si votre médecin vous demande de les garder la nuit pour une raison précise, suivez son avis. Pour la nuit, vous pouvez surélever un peu le pied du lit, sauf en cas de remontées acides.
Mes bas serrent beaucoup, est-ce normal ?
Une pression nette, surtout à la cheville, est normale : c’est le principe même du bas. En revanche, une douleur, des fourmillements, des orteils qui pâlissent ou bleuissent, ou une marque profonde en haut du bas ne le sont pas. Retirez-les et faites reprendre vos mesures en pharmacie : les jambes changent pendant la grossesse, la taille aussi. Si la gêne continue avec la bonne taille, parlez-en à la personne qui vous les a prescrits.
Chaussettes ou collant, que choisir ?
Les chaussettes sont plus simples à enfiler et plus fraîches, mais elles s’arrêtent sous le genou. Le collant couvre toute la jambe et ne glisse pas, mais sa partie culotte ne comprime pas : son intérêt se situe sur les cuisses. Le choix dépend donc de l’endroit où se trouvent la gêne et les varices. Votre médecin ou votre sage-femme vous oriente, et le pharmacien vous aide ensuite à trouver un modèle confortable.
Que faire quand il fait très chaud ?
C’est justement par forte chaleur que les jambes gonflent le plus, car la chaleur dilate les veines. Gardez vos bas, en choisissant des modèles fins ou des chaussettes plutôt qu’un collant. Enfilez-les le matin dans une pièce fraîche, buvez régulièrement et passez vos jambes sous l’eau fraîche le soir. Évitez le soleil direct sur les jambes et les longues stations debout aux heures les plus chaudes.
Combien de temps dure une paire ?
Cela dépend du modèle, du nombre de lavages et de la fréquence à laquelle vous la portez. Avec le temps, le tissu se détend et la pression baisse, même si le bas paraît en bon état. Suivez la durée indiquée par le fabricant, et remplacez une paire qui glisse, qui ne reprend plus sa forme ou qui ne serre plus comme au début. Deux paires en alternance facilitent l’entretien et ménagent le tissu.
Faut-il continuer après l’accouchement ?
Ce n’est pas automatique. Le médecin ou la sage-femme qui vous suit le décide, selon vos varices, vos antécédents et le déroulement de l’accouchement. Les varices apparues pendant la grossesse disparaissent souvent après la naissance chez les femmes qui n’en avaient pas avant. Si une jambe devient douloureuse, chaude ou gonflée d’un seul côté dans les semaines qui suivent, consultez rapidement, même si vous ne portiez pas de bas.
Sources
- HAS, « La compression médicale dans les affections veineuses chroniques », fiche de bon usage (2010), publiée par la Société française de dermatologie
- Vidal, « Grossesse et insuffisance veineuse »
- Assurance Maladie (ameli), jambes lourdes : la consultation et le traitement
- Assurance Maladie (ameli), phlébite : symptômes et diagnostic