Une promenade en forêt, une après-midi de jardinage, un pique-nique dans l’herbe, et le soir, un petit point sombre accroché derrière le genou. Une piqûre de tique n’a rien d’une urgence, mais elle demande deux choses : retirer la tique vite et correctement, puis garder un œil sur la peau pendant quelques semaines. Les bons gestes sont simples, à condition de les connaître avant d’en avoir besoin, tout comme les erreurs à éviter et les signes qui méritent un avis médical.
Où et quand on croise des tiques
En France, la tique en cause dans la maladie de Lyme est Ixodes ricinus. Elle vit dans les forêts de feuillus, les sous-bois, les prairies et les herbes hautes, mais aussi dans les parcs, les espaces boisés en bordure de ville et les jardins. Elle attend sur la végétation qu’un animal ou une personne passe à sa portée, puis s’accroche à la peau.
Elle est surtout active d’avril à novembre. Dans les régions au climat doux, on peut en rencontrer toute l’année. Les plus petites, les nymphes, mesurent 1 à 3 mm : elles passent facilement inaperçues, d’autant que la piqûre elle-même se sent rarement.
Randonneurs, chasseurs, cueilleurs de champignons, campeurs, forestiers et jardiniers sont les plus exposés, tout comme les enfants qui jouent dans l’herbe ou dans les sous-bois.
Ce qu’une tique peut transmettre
La plus connue des maladies transmises par les tiques est la borréliose de Lyme, due à une bactérie du groupe Borrelia. Toutes les tiques n’en sont pas porteuses : la proportion varie selon la saison et le lieu. La maladie ne se transmet ni d’une personne à l’autre, ni par l’alimentation.
Plus la tique reste accrochée longtemps, plus le risque de transmission augmente. Les sources officielles ne donnent pas toutes le même délai, et aucun seuil ne garantit l’absence de risque. La seule règle utile est donc de retirer la tique le plus vite possible, sans attendre.
Les tiques peuvent transmettre d’autres infections, plus rares, comme l’encéphalite à tiques, due à un virus. Un vaccin existe contre cette dernière. Votre médecin vous dira s’il vous concerne, selon l’endroit où vous vivez, travaillez ou partez en vacances.
Le bon outil
Le tire-tique, vendu en pharmacie, est l’outil le plus simple. Il se présente comme un petit crochet fendu, souvent proposé en deux tailles : une petite pour les nymphes, une plus grande pour les tiques adultes ou déjà gorgées de sang. À défaut, une pince fine peut convenir, à condition de saisir la tique au ras de la peau sans écraser son corps. Les doigts, eux, sont à éviter.
Gardez avec lui un antiseptique pour la peau et, si les petits détails vous échappent, une loupe. Un tire-tique ne pèse rien et tient dans un sac de randonnée, une trousse de secours ou la boîte à gants de la voiture : autant en avoir un sous la main avant l’été.
Retirer la tique, étape par étape
- Glissez le crochet du tire-tique sous la tique, au plus près de la peau, sans appuyer sur son corps.
- Soulevez légèrement et tournez doucement, d’un mouvement circulaire, jusqu’à ce que la tique se détache. Ce mouvement permet de la décrocher sans casser sa tête.
- Regardez la tique : elle doit être entière.
- Désinfectez la zone de la piqûre, puis lavez-vous les mains à l’eau et au savon.
- Notez la date et l’endroit du corps où se trouvait la tique, par exemple dans votre téléphone. Ce sera utile si vous devez consulter.
Si la tête, ou plus exactement le rostre, reste dans la peau, ne cherchez pas à le retirer à tout prix avec une aiguille ou une pince. Désinfectez, puis demandez conseil à votre pharmacien ou à votre médecin.
Les erreurs à éviter
- Verser de l’éther, de l’alcool, de l’huile, de la vaseline ou de l’essence sur la tique pour « l’endormir ». Ces produits risquent de la faire régurgiter dans la peau.
- Écraser la tique entre les doigts ou pincer son corps.
- L’arracher d’un coup sec, au risque de laisser la tête dans la peau.
- Approcher une flamme ou une cigarette : on risque surtout de se brûler.
- Remettre le retrait au lendemain.
L’alcool ou un autre antiseptique reste utile, mais après, pour désinfecter la peau une fois la tique retirée. C’est sur la tique encore accrochée qu’il ne faut rien appliquer.
Le mois qui suit : surveiller la peau
Après le retrait, la zone de la piqûre se surveille pendant environ un mois. Santé publique France parle de quatre semaines, l’Assurance Maladie d’un mois. Mesurez-la et prenez-la en photo chaque jour : c’est le moyen le plus simple de savoir si une rougeur s’agrandit.
Une petite bosse rouge qui démange dans les 24 heures n’a rien d’inquiétant. C’est une réaction normale à la salive de la tique, et elle ne s’étale pas.
Le signe à guetter est l’érythème migrant. Il apparaît entre 3 et 30 jours après la piqûre : une plaque rouge autour du point de piqûre, qui s’agrandit de jour en jour et dépasse souvent 5 cm. Son bord est plus rouge que son centre, plus clair. Elle ne démange pas, et en général il n’y a pas de fièvre. C’est le signe le plus fréquent de la maladie de Lyme, mais il n’apparaît pas chez tout le monde, et il peut aussi se montrer ailleurs que sur le lieu de la piqûre.
Quand consulter un médecin
- Une plaque rouge qui s’étend autour d’une ancienne piqûre, ou ailleurs sur le corps.
- Dans les semaines qui suivent la piqûre, une fièvre, une fatigue ou des douleurs que rien n’explique.
- Des douleurs dans les articulations, une paralysie d’un côté du visage ou d’autres troubles neurologiques.
Soyez encore plus attentif, et parlez-en à votre médecin, si vous êtes enceinte, si la piqûre concerne un enfant de moins de 8 ans, si vos défenses immunitaires sont affaiblies, si la tique est restée accrochée plus de 36 heures ou si vous n’avez pas réussi à la retirer.
Ne prenez pas d’antibiotique de vous-même après une piqûre : en règle générale, les autorités sanitaires ne le recommandent pas en prévention. Si une maladie de Lyme est diagnostiquée, le médecin prescrit un traitement antibiotique. Commencé tôt, au stade de l’érythème migrant, il permet en général d’éviter le passage à des formes plus tardives.
Limiter les piqûres en promenade
- Portez des vêtements longs et clairs, qui couvrent les bras, les jambes et le cou, et qui serrent aux poignets et aux chevilles. Sur un tissu clair, une tique se repère plus vite.
- Rentrez le bas du pantalon dans les chaussettes : ce n’est pas très élégant, mais les tiques ont plus de mal à atteindre la peau.
- Mettez des chaussures fermées plutôt que des sandales.
- Restez sur les chemins et évitez de traverser les herbes hautes et les broussailles.
- Un répulsif cutané peut compléter ces précautions. Choisissez un produit dont l’étiquette mentionne les tiques, et suivez-la à la lettre : zones d’application, nombre d’applications par jour, durée de protection, âge minimum.
Pendant la grossesse et chez le jeune enfant, tous les répulsifs ne conviennent pas : certains sont déconseillés, d’autres utilisables seulement à partir d’un certain âge ou à plus faible concentration. Demandez conseil au pharmacien avant d’en acheter. Et gardez en tête qu’un répulsif réduit le risque d’être piqué sans le supprimer : il ne remplace ni les vêtements couvrants, ni l’examen de la peau au retour.
L’inspection au retour
Dès le retour, examinez tout le corps, en insistant sur les endroits où la peau est fine : aisselles, plis des genoux, aine et parties génitales, nombril, cou, derrière les oreilles, cuir chevelu, et la ligne de la ceinture. Un miroir ou l’aide d’un proche est bien utile pour le dos. Chez l’enfant, regardez avec soin la tête, le cuir chevelu et le cou.
Recommencez le lendemain : une tique qui a commencé à se gorger est plus facile à voir. Vérifiez aussi les vêtements, dessus et dessous, avant de les ranger.
Au jardin et avec les animaux
Les tiques se plaisent dans les tapis de feuilles mortes, les broussailles et les herbes hautes. Une pelouse tondue, des bordures dégagées et des tas de feuilles éloignés des coins où jouent les enfants leur laissent moins de place près de la maison.
Les chiens et les chats rapportent souvent des tiques de leurs sorties. Inspectez-les après une promenade, en particulier la tête, le cou, les oreilles et entre les doigts. Pour les protéger, demandez conseil au vétérinaire ou au pharmacien : les produits sont propres à chaque espèce, et un produit prévu pour le chien peut être dangereux pour le chat.
FAQ
Que faire si la tête de la tique reste dans la peau ?
Ne vous acharnez pas avec une aiguille ou une pince : vous risquez d’abîmer la peau sans rien gagner. Désinfectez la zone, puis demandez conseil à votre pharmacien ou à votre médecin. Surveillez ensuite l’endroit de la piqûre comme pour n’importe quelle tique, pendant environ un mois, en le prenant en photo de temps en temps. Une plaque rouge qui s’étend doit faire consulter.
Au bout de combien de temps une tique transmet-elle la maladie de Lyme ?
On sait que le risque augmente avec la durée pendant laquelle la tique reste accrochée. En revanche, les sources officielles ne donnent pas toutes le même délai, et aucun ne garantit une absence totale de risque. Mieux vaut donc ne pas faire de calcul : retirez la tique dès que vous la voyez, notez la date, et surveillez votre peau pendant le mois qui suit.
Faut-il consulter après chaque piqûre ?
Non, si la tique a été retirée entière et que rien d’anormal n’apparaît ensuite. Consultez en revanche si une plaque rouge s’étend, ou si vous avez de la fièvre, des douleurs ou une fatigue inhabituelle dans les semaines qui suivent. Demandez un avis plus tôt si vous êtes enceinte, s’il s’agit d’un enfant de moins de 8 ans, si vos défenses sont affaiblies ou si la tique est restée longtemps accrochée.
Faut-il prendre un antibiotique par précaution ?
Non, pas de vous-même. Santé publique France et l’institut belge de santé Sciensano indiquent que les antibiotiques ne sont pas recommandés en prévention après une piqûre de tique. C’est au médecin de décider s’il en faut un, selon votre situation et les signes observés. Si un érythème migrant apparaît, il prescrira le traitement adapté : commencé tôt, celui-ci évite que l’infection n’évolue vers des formes plus tardives.
Existe-t-il un vaccin ?
Selon Santé publique France, il n’existe pas actuellement de vaccin disponible contre la maladie de Lyme. Un vaccin existe en revanche contre l’encéphalite à tiques, une infection virale plus rare. Votre médecin vous dira s’il vous est utile, selon l’endroit où vous vivez, vos activités en plein air et vos voyages. En attendant, ce sont les vêtements, l’inspection au retour et le retrait rapide qui protègent.
Un répulsif suffit-il ?
Non. Un répulsif réduit le risque d’être piqué, mais n’offre pas une protection totale, et son effet dure un temps limité, indiqué sur l’étiquette. Il s’utilise en plus des vêtements longs et de l’inspection du corps au retour, jamais à leur place. Choisissez un produit dont l’étiquette mentionne les tiques, et respectez le nombre d’applications et l’âge minimum indiqués.
Comment protéger un enfant ?
Habillez-le avec des vêtements longs et clairs, pantalon rentré dans les chaussettes, et examinez-le chaque soir après une journée dehors, sans oublier la tête, le cuir chevelu, le cou, les plis et l’arrière des oreilles. Pour un répulsif, vérifiez l’âge minimum sur l’étiquette et demandez conseil au pharmacien. Après une piqûre chez un enfant de moins de 8 ans, parlez-en à votre médecin.
Et pendant la grossesse ?
Les précautions sont les mêmes : vêtements couvrants, inspection au retour, retrait rapide au tire-tique. Pour les répulsifs, demandez au pharmacien lesquels conviennent, car certains sont déconseillés pendant la grossesse. Après une piqûre, signalez-la à votre médecin ou à votre sage-femme, même si tout semble normal, et surveillez la peau pendant un mois. En cas de plaque rouge qui s’étend, consultez rapidement.
Sources
- Assurance Maladie (ameli), « Morsure de tique et prévention de la maladie de Lyme : que faire ? »
- Santé publique France, borréliose de Lyme : la maladie
- Vidal, « Causes et prévention de la maladie de Lyme »
- Sciensano (Belgique), maladie de Lyme : prévention